Rafaï : Touadéra et Sarandji, que se passe – t – il dans cette partie de la RCA ?

Comme nous l’avons annoncé dans nos dernières parutions, la situation est de plus en plus dramatique dans la ville de Rafaï,  située à mi – chemin entre Zémio et Bangassou, chef – lieu  de la préfecture du Mbomou.

Depuis quelques jours, comme toutes les villes de l’est de la République centrafricaine, oubliées par le président Touadéra pourtant démocratiquement élu et par le gouvernement de son cher aîné Sarandji, et livrées à la merci des bandes armées et des seigneurs de guerre sans foi ni loi, Rafaï a été attaquée par  des peulhs lourdement armés.

La plupart de ses habitants ayant fui pour trouver refuge de l’autre côté de la rivière Mbomou, en RDC,  pendant deux jours, elle a été occupée, mise en coupes réglées, entièrement pillée et saccagée, et ses biens publics et privés, à savoir habitations,  école catholique, hôpital, gendarmerie et autres bâtiments administratifs, détruits et leurs mobiliers emportés par les assaillants. Evidemment, nombreuses ont été les victimes de cette attaque, parmi lesquelles des personnes du 3ème âge qui ne pouvaient pas fuir, des enfants et des femmes.

Alertés, des jeunes de toutes les contrées, en général, et ceux de Bangassou, en particulier, se sont concertés et ont décidé, les mains nues, de monter à l’assaut de la ville. Avec le courage, la détermination et la rage de défendre au prix de leur sang la terre qui est la leur, celle de leurs aïeux et de leurs ancêtres, ils ont réussi à se rendre maîtres de Rafaï et à y chasser les peulhs, soutenus par le contingent marocain de la Minusca, sous les ordres du capitaine Atim. Depuis lors, harcelés  de toutes parts par les assaillants et leurs renforts constitués de Djandjawids soudanais qui ne cessent d’arriver, ils résistent héroïquement et refusent de capituler.

Cependant, tout autour d’eux, la vie a littéralement  disparu pour ne laisser la place qu’à la mort. La mort avec ses odeurs pestilentielles qui se dégagent, partout dans cette belle ville, des cadavres en décomposition et laissés à la merci des chiens et des porcs errants. La mort avec le silence qui règne aux alentours du fait de la fuite de tous les habitants. La mort avec ce spectacle de champ de cimetière perceptible, visible et lisible, de tas de ruines, de pleurs, de deuils inconsolables et de désolation qu’offre Rafaï.

Paoua

De cette situation dramatique, apocalyptique et sans précédent historique que connait cette ville de la République centrafricaine et que vivent toutes ses vaillantes populations, Touadéra qui est actuellement  en mission de villégiature à Bruxelles en Belgique, les poches pleines de frais de missions et de fonds spéciaux, reste étonnement et curieusement silencieux. Il en est de même pour le gouvernement de son cher aîné Sarandji. Ils ne disent rien sur ces morts, ces milliers de personnes déplacées, ces maisons incendiées,  ces biens publics et privés pillés et saccagés,  et ces symboles de la République souillés. Même pas un mot de compassion, de réconfort et de condamnation. Un acte de trahison pour un président démocratiquement élu et un gouvernement légitime ayant l’obligation sacrée d’assurer la protection de sa population et de ses électeurs !

Du côté de la Minusca dont les soldats ont été déployés en Centrafrique, conformément aux dispositions des résolutions 2127 et 2149 du conseil de sécurité, sous le chapitre VII de la charte de l’Onu, afin d’assurer la protection des populations civiles, mais dont la plupart des contingents sont accusés de parti pris, à l’exemple des accusations de soutien à ces éléments peulhs dont feraient l’objet le contingent marocain et le capitaine Atim, personne ne parle.

La seule personne qui a parlé mais  qui est injoignable depuis le matin, c’est le député de l’UNDP, M. Benjamin Zanga – Berou. Selon ce dernier, intervenant sur RJDH,  plusieurs personnes ont regagné les sites de fortune, tandis que d’autres à Bangassou  sont dans la brousse vers la République Démocratique du Congo. Et celui-ci de renchérir que la vie semble très difficile pour les populations de Rafaï, car « les activités sont bloquées en ce moment et les habitants ni les autorités administratives ne peuvent pas vaquer librement à leurs occupations. A cela s’ajoute la situation humanitaire très critique».

Des informations qui ne rassurent guère personne et ne nous rapportent rien  sur ces 48 cadavres qui jonchent en ce moment la ville de Rafaï.

C’est ici alors que doivent résonner dans nos oreilles comme un message d’outre – tombe, les mots de désespoir, lancés par l’Abbé Jean – Alain Zembi, à la figure de Touadéra, Sarandji et de leurs soutiens de la Minusca, lorsque la ville de Zémio était attaquée et assiégée par les éléments de l’UPC d’Ali Darass, il y a déjà au mois d’août 2017 :

« C’est le crime humanitaire à ZEMIO. Vous avez été prévenus et vous avez délibérément décidé d’abandonner cette ville. Je vous remercie et vous encourage dans vos réunions interminables. Cette ville est sacrifiée et je vous tiens pour responsables de tous ceux qui sont morts et de ceux qui se préparent à mourir. Merci d’avoir oublié ces femmes et ces enfants innocents à leur triste sort. Le couloir de la mort est ouvert et nous y passerons tous. Votre silence est une réponse sage. Soyez en fiers. »

Affaire à suivre….. !

Jean – Paul Naïba

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